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Déportés : dénouer l’écheveau

Depuis quelques semaines le retour des déportés est à l’ordre du jour. Certains extrémistes crient au scandale en prétextant que des milliers d’étrangers vont en profiter pour s’infiltrer parmi les réfugiés et s’introduire en Mauritanie, un pays de plus en plus perçu comme un eldorado. Comme si ceux qui ont subi l’humiliation de la déportation et qui ont enduré un calvaire indicible pendant 18 ans hors de leur pays étaient légers au point de laisser des intrus compromettre leur retour au pays.

Comme nous l’ont confié quelques déportés que nous avons rencontrés début juillet au camp de Ndioum, la crainte ce n’est pas que des non mauritaniens s’infiltrent dans le groupe des déportés mais que des mauritaniens complètement dégoûtés et découragés, ne choisissent de rester en exil. De sorte que, quelle que soit la volonté affichée des autorités, les candidats au retour seront moins nombreux que les mauritaniens déportés.

Beaucoup d’entre eux ont décidé de rester dans le pays d’accueil ou de tenter leur chance ailleurs ; d’autres se disent que dans l’espace d’une vie, on n’a pas le temps de reconstruire sa vie deux fois. Il faut les comprendre : quand on a lutté pour s’adapter et s’épanouir ailleurs que dans son pays natal, il n’est pas facile après 18 ans de revenir pour se réinsérer, même dans son propre pays. Surtout que depuis l’ouverture de la frontière avec le Sénégal, la plupart des mauritaniens revenus continuent de galérer dans l’indifférence générale. Il est vrai qu’ils étaient revenus en ‘catimini’ à une époque où le régime ne reconnaissait pas avoir déporté qui que ce soit.

Dans tous les cas, aujourd’hui il est question d’un retour organisé. Il faut cependant garder à l’esprit que ce dossier des déportés est comme un écheveau complexe qu’il faut manipuler avec beaucoup de précaution pour en dénouer tous les fils. Déjà, les protagonistes ne s’accordent même pas sur le nombre réel des déportés. Aucun recensement fiable n’est effectué. Beaucoup de nos compatriotes ne se sont pas inscrits à leur arrivée au Sénégal. Certains ont fait la confusion en prenant les cartes destinées aux sénégalais rapatriés dans leur pays. Il y a donc lieu d’aborder la question avec beaucoup de prudence et au besoin d’étudier les questions au cas par cas. Il ne sert à rien de régler une question dans la précipitation. Pendant qu’on y est il est important de veiller à l’indemnisation correcte des victimes mais il faut surtout penser à la réinsertion de nos compatriotes. Surtout les jeunes mauritaniens nés durant l’exil et qui n’ont de leur pays qu’une idée très vague et très négative. Si l’on ne prend pas garde à la réinsertion de ces jeunes, il y a de fortes chances qu’ils aillent à la dérive et choisissent de retourner vers le pays d’accueil qui est aussi pour eux le pays natal. Il ne faut pas non plus oublier ceux nombreux qui revenus depuis quelques années, végètent en Mauritanie même, sans avoir recouvré leurs droits. Dans la vallée, beaucoup de nos compatriotes ‘rapatriés’ en 92, ont encore du mal à retrouver toutes leurs terres de culture…

Il restera ensuite l’épineux problème de la situation des responsabilités. Il est vrai que l’identification des responsables n’est pas une condition sine qua non pour les déportés ; cela reste quand même une revendication importante à laquelle il faut trouver une réponse. Il n’est pas question de soulever des questions qui risquent de compromettre l’unité nationale. Mais il faut dire que toutes les exactions commises à l’époque l’ont été avec la complicité de l’Etat. Soit qu’il les a cautionnées, soit qu’il n’a pas été en mesure de jouer son rôle. Cela revient presque au même. Aujourd’hui ce qu’il faut, c’est que l’Etat (car c’est le même,  même si les hommes à sa tête ont changé) accepte de tout endosser et demande officiellement pardon à ses fils pour ses fils. Le mal est fait. Il ne reste plus qu’à compenser les victimes ou leurs ayant droit. Cette demande officielle de pardon sera plus efficace que l’amnistie unilatérale décidée à l’époque par une chambre ‘mal élue’ et peu représentative de la nation.

Source: La Tribune

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