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Politique

La longue attente

 

Le peuple mauritanien serait-il l’un des peuples les plus malheureux de la terre? Quarante-cinq ans après l’indépendance le voici encore à la case départ, à la croisée des chemins, au moment où d’autres peuples d’Afrique, sur la bonne voie depuis quelques années en sont, à se plaindre d’un déficit de transparence, d’un manque de démocratie, parce qu’ils sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de dirigeants qu’ils ont librement choisis…

Le mercredi 3 août, la parenthèse Maaouya a été fermée par une junte militaire. Une parenthèse ouverte 21 ans plus tôt, le 12 décembre 1984, un autre mercredi. Une longue errance avait alors commencé pour le peuple, une errance ponctuée d’abord par l’espérance avec la libération de dizaines de prisonniers politiques…Mais très vite, il a fallu déchanter : l’erreur monumentale de politiciens amateurs qui, faisant sans doute confiance à la volonté de changement du nouveau chef d’état, publient le fameux manifeste, déclenche la chasse aux sorcières et le début d’une dérive. Dérive qui portera un sérieux coup à l’unité nationale…

Plus tard, après plusieurs crises dont les événements de 89 et à la faveur du contexte international, le peuple trouvant insuffisantes les timides ouvertures du régime de Taya (élections  municipales à partir de 1986) réclame fiévreusement plus de réformes ; c’était en 1991 avec  les nombreux tracts, la grève générale annoncée par l’U.T.M., le défilé monstre du 1er mai, deux semaines seulement après les promesses faites le 15 avril, lors d’un message à la Nation par le chef de l’état lâchait du lest…

La suite on la connaît. Un référendum massivement boycotté selon les consignes d’un Front dont les responsables n’avaient pas osé se constituer en parti politique à l’exemple d’un certain Gbagbo.  Le résultat officiel du référendum constitutionnel sera un plébiscite et ceux qui avaient recommandé le boycott allaient pourtant créer un parti politique après l’ordonnance de juillet 91,  tombant dans le piège du légalisme et acceptant les règles définies par un pouvoir qui ne tirait sa légitimité que de sa force.

Par la suite, la campagne électorale fonctionnera comme une véritable catharsis. Le peuple longtemps muselé, aura l’occasion d’extérioriser toutes ses frustrations dans une mobilisation sans précédent pour se débarrasser d’un chef de plus en plus perçu comme un autocrate impopulaire et peu charismatique. Malheureusement les hommes politiques de l’opposition manquaient de vision et la suite est connue : le 24 janvier 1992, le régime de Taya à qui l’opposition n’avait ménagé aucune porte de sortie s’accrochera au pouvoir dans «un putsch électoral» qui écartera le principal challenger Ahmed Ould Daddah. Le boycott «insensé» des législatives de 92 donnera les coudées franches à Taya qui abandonne son costume de colonel chef de l’état pour celui de président de la République, laissant pour quelques temps la « rue publique » à Daddah dont chaque meeting draine les foules.

Le peuple attendra pacifiquement les échéances électorales, continuant à faire confiance à une classe politique qui malheureusement brille le plus souvent par son incohérence.  Après les échéances de 97 qui ne donnent rien, celles de 2003, survenant après le «séisme» du 8 juin se terminent par un autre hold-up électoral. Le pays entre temps s’est installé dans une période de turbulences avec à sa tête un homme usé dont la personnalité est insaisissable.

Ould Taya apparaît tantôt comme un dirigeant perspicace, percevant les véritables enjeux de l’heure et les défis à affronter, tantôt comme un chef naïf et médiocre montant au créneau pour promouvoir une «trouvaille». Coupé des réalités il est l’otage d’une partie de son entourage qui fait semblant d’appliquer ses directives et réussit à lui faire endosser tout.

Avec le culte de la personnalité poussé à l’extrême, le président Taya s’est isolé de plus en plus dans sa tour d’ivoire en développant un instinct de survie avec une dérive sécuritaire prononcée. L’homme a le sentiment d’être le sauveur infaillible, le bâtisseur inégalable, l’homme providence à qui il faut rendre grâce, le guide à qui le peuple doit tout. Ce qui explique sa surprise comme il l’avouera à Zouerate. «Comment tenter un coup d’état contre un régime qui a accompli tant de réalisations?»

A force de faire le vide autour de lui, et de ne compter que sur un cercle très fermé de «fidèles», il a fini par tomber dans son piège, devenant l’otage d’une sorte d’état occulte qui tirait les ficelles et prenait du même coup le peuple en otage.

Ould Taya a peut-être entrevu cela, en prenant à témoin le peuple lors de son discours de Kiffa. Mais il n’en a pas tiré les conséquences…

L’homme des réalisations, qui a régné pendant 21 ans avec une équipe de profiteurs ne s’est pas aperçu que, la seule réalisation qui vaille, aura été  rangée aux oubliettes. L’Etat a volé aux éclats, rendant caduques et sans portée toutes les autres réalisations. Et cela il faut le reconnaître, n’était pas de la seule responsabilité de Taya. Il était le chef certes mais l’équipe qui n’a jamais cessé de lui raconter des boniments a sa part de responsabilité. Il ne faut surtout pas que les loups se mettent à crier au loup…

Le putsch du 3 août survient après une période de turbulences. Il est trop tôt pour parler de nouveau régime. Le projet politique du CMJD n’est encore qu’une intention et il faudra juger le pouvoir sur ses actes. Pour le moment il faut peut-être saluer le fait que la « révolution » se soit déroulée sans effusion de sang. Ce qui n’est pas pour autant un mérite. Car les putschistes sont pour la plupart des proches du système. Même si certains d’entre eux en ont été des victimes.

Aujourd’hui, le CMJD est porteur de l’espérance du  peuple. Un peuple qui sans être amnésique peut accorder le bénéfice du doute à des hommes qui ont longtemps fait partie de l’équipe de Taya et qui prônent aujourd’hui le changement.

Les premières décisions sont suivies avec beaucoup d’intérêt et dans un concert assourdissant les approbations viennent de partout. Même les loups crient au loup.

Le peuple cependant a des aspirations simples et légitimes. Il attend la justice et l’égalité. Il attend des réformes qui consolident l’unité nationale, des réformes qui vont dans le sens de la consolidation de l’état de droit qui seule peut garantir au citoyen ses droits les plus inaliénables. Pour cela, il faut instaurer un large débat et discuter en toute franchise de tous les sujets brûlants…

 

Une transition pour rien

Il ne reste plus aux mauritaniens  progressistes que de s’en aller…C’est à peu près ce qu’un leader politique disait – et avec quelle éloquence – en 1992 quand Ould Taya, après huit ans à la tête de l’Etat usurpait ‘démocratiquement’ le pouvoir et ravissant Ahmed Ould Daddah de sa victoire. Il s’exprimait dans les colonnes de Mauritanie Nouvelles.

Aujourd’hui c’est le retour à la case départ après une transition pour rien, une transition ratée.

Finalement cela n’aura été qu’une récréation. Tous les rêves étaient permis, mais la force d’inertie a été la plus forte. Dix-neuf mois après le coup de balai qui avait débarrassé le planché du despote non éclairé, le tapis rouge est déroulé pour le retour des dinosaures, ces barons du PRD(S)R qui ont pillé le pays et sapé son unité.

On comprend aujourd’hui la crainte de certains leaders politiques par rapport aux candidatures indépendantes. Ces leaders que l’on qualifiait de peu démocrates avaient flairé les coups fourrés et compris le stratagème qui consistait à ‘faire du neuf avec du vieux’ en cachant la vilaine réalité sous un habillage nouveau.

Je comprends le zèle de cet instituteur en service  – théoriquement – à l’école 3 de Rosso qui n’enseigne pas depuis plusieurs années, ce qui ne l’empêche pas d’être logé aux frais de la princesse. Le médiocre vient du reste d’avoir une promotion avant le deuxième tour qui consacre la ‘victoire’ de son candidat, c’est-à-dire pendant la transition.

Je comprends également le zèle de ce politicien d’occasion qui a débarqué à Rosso il y a quelques jours pour distiller un message des plus réactionnaires. Mais comme l’a fait remarquer quelqu’un, quand un ressortissant de Tékane vient à Rosso et s’installe à l’hôtel, il ne fait pas peur et inspire plus de pitié que de respect. Rappelons que le bonhomme tenait un tout autre langage avant les élections de 92. C’était un partisan engagé ( ?) de l’UFD. Il a dû tourner et retourner sa veste. Sans état d’âme.

Certes, ceux qui ont supporté dignement 21 ans de régime d’exception sans courber l’échine et sans accepter de se compromettre avaient légitimement espéré que la transition allait apporter le changement. Ils sont déçus. Mais ils sauront supporter ces 5 ans à venir avec la même dignité en regardant avec mépris tous ces médiocres nostalgiques de l’ancien régime qui ont usé de toutes les magouilles pour revenir aux affaires.

Pour ma part, sans être de son parti, j’ai voté pour le candidat du changement. Et je le considère comme mon président. Ce n’est pas faire preuve d’un esprit anti- démocratique. C’est peut-être de la désobéissance civile. Je l’assume.

 

 

 

 

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