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Rosso : Le maire inaugure deux forages au Pk 23 15 avril, 2012

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Rosso : Le maire inaugure deux forages au Pk 23 dans Commune de Rosso le-maire-sadresse-à-lassistance-300x225

Le Pr Fassa Yerim, maire de la commune de Rosso s’est rendu dans l’après midi du  13 avril au Pk 23 pour l’inauguration de deux forages éoliens. Accompagné d’une forte délégation, le maire a trouvé sur place le hakem de la moughata,  venu pour la circonstance.  La tente installée pour la cérémonie a refusé du monde. Après l’allocution de bienvenue des représentants de la localité, le hakem et le maire ont pris la parole pour souligner l’importance de l’événement.

En fait les deux forages éoliens réhabilités  ne fonctionnaient plus depuis près de  vingt ans. La commune a investi un peu moins de deux millions pour les remettre en marche,  soulageant ainsi les populations de la localité qui ont désormais accès à une eau potable.  On sait que la commune de Rosso est en train de réaliser un programme ambitieux pour approvisionner  toutes les localités de la commune  (jusqu’au Pk 24) en eau potable, mais le maire n’a pas voulu attendre et a tenu à réhabiliter  les deux forages du Pk 23.

Un geste qui vient s’ajouter à l’octroi d’un bus scolaire pour le transport (gratuit pour le moment) des élèves qui habitent sur l’axe et qui devaient payer chaque jour 600 UM pour se rendre à leur école à Rosso.

Après l’inauguration des deux forages, le maire et le hakem ont été à la mosquée et à l’école pour voir ce qui pouvait être fait à ce niveau.

D. A.

L’histoire culturelle du Fuuta-Tooro Par Ibrahima Moctar Sarr 1 avril, 2012

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25th août, 2010 – Posted by Ibrahima Sarr

On ne naissait ni Ceddo, ni peul-berger, ni cubbalo, on le devenait tout simplement selon son tempérament, ses aptitudes et les circonstances – la condition d’esclaves, elle, ne procède d’aucune essence. On devenait esclave à la suite des captivités de guerre.

Ne dit-on pas que le vrai haal-pulaar n’émigre jamais définitivement tant qu’il peut, de temps à autre, fredonner un air de léelé le soir, lorsque la pleine lune aux prises avec les nuages taquins, arrose de sa belle clarté la nature. C’est que, comme l’a écrit le poète-historien-chroniqueur, feu Youssouf Guèye :

« Le chant (chœur ou solo) qui s’élève avec les coups de pilon dans la profonde solitude des hameaux de campagne, la note sanglotée d’un ‘ñaañooru’ dans le calme des pâturages, un couplet qui fuse avec le chant des oiseaux, des débarcadères ensoleillés, c’est toujours (pour le foutankais) une sorte de mystérieuse vague d’émotion, faite d’obscures nostalgies et d’indéfinissables souvenirs qui monte des tréfonds de l’être ».

Le peuple multi-séculaire, que les Blancs ont désigné sous le vocable de Toucouleurs, peut être à cause de la teinture plus ou moins prononcée de sa peau à mesure qu’on va d’un groupe à l’autre de cet ensemble ethnoculturel, a fait de sa mémoire collective un complexe de puissante émotivité et d’un sentiment profond d’être pétri dans le limon nourricier qui charrie les eaux de fleuve.

Le Fuuta-Tooro d’aujourd’hui, à cheval sur deux Républiques : la Mauritanie et le Sénégal, portait en fait le nom évocateur de Niamandiru (Terre d’abondance). Vers le XIème siècle, il devient le Tekrour. Ses premiers occupants étant des Sérères, des Wolofs et des Soninkés dont le métissage avec le groupe peul a donné le type haal-poulaar d’aujourd’hui. La tradition voudrait que ce soit le chef des Manna War Diabi N’Diaye qui islamisa la région après avoir vaincu les Dia ogo. C’est lui qui imposa la langue peule par cette injonction ! Parle pulaar ! Haal pulaar !

L’histoire mouvementée de cette région déchirée par guerres incessantes, le Tekrour sera annexé par l’empire Soninké du Ghana au XIIème siècle et par celui du Mali (Mandingue) au XVème siècle avant l’empire de Gao. Koli Tenngela réalisera définitivement son unité en 1512 et le pays s’appelera désormais Fuuta-Tooro. Il avait déjà réalisé la symbiose des cultures de toutes ces influences avant d’en réexporter le produit à travers toute l’Afrique de l’Ouest, du Mali au cameroun et au Nigeria notamment grâce aux expéditions de Ousmane Dem Foodeejo (Ousman Dan Fodio) et Oumarul Fuutiiya (El hadj Oumar).

C’est que les berbères Sanhadjas étaient déjà passés par là. Le fils de War Diabi aurait même participé à l’expédition des Almoravides. Les conquérants marocains plus tard venus jusqu’aux confins des fleuves Niger et Sénégal avec leurs guerriers hormankoobe, ont renforcé la présence arabe des Béni Hassan dans cette terre déjà islamisée depuis les caravanes transsahariennes à la recherche de l’or et des esclaves. Le paysan poète de la vallée du fleuve Sénégal se familiarise avec les vers somptueux de Antar et Umarul Qaïs de la période de la Jahilia. L’arrivée des Européens constitue le choc culturel le plus violent et le poète pleurera le Tam-Tam crevé, les cordes de la guitare coupée, les feux éteints de la place publique.

C’est alors que les traditions du terroir agressé iront se réfugier dans les dernières chansons initiatiques du fond statique permanent de la littérature castée du Fuuta-Tooro.

Ce pays situé entre le Grand Sahel au Nord et le Ferlo au Sud, se présente comme un îlot de fertilité et d’abondance avec ses cultures saisonnières, sa double récolte annuelle qui favorise une interpénétration des peuples. On peut affirmer avec sa force que la véritable littérature du Fuuta Tooro est née de ce brassage fortement coloré des influences Mandingues au Sud-Est, Berbères et Arabes, au Nord, Wolof et Sérère, à l’Ouest. L’oralité de cette littérature a été jusqu’à récemment, le fondement essentiel, même si grâce à l’Islam, l’écriture arabe a permis d’en codifier certains aspects tout en réorientant systématiquement la production culturelle vers les œuvres pieuses et contre le paganisme officiel en déroute.

Affectation littéraire des castes

La société haal pulaar est composée de trois grandes catégories.

Les rimbe (nobles) qui comprend les Peuls, les Torobbe, les Sebbe, les Subalbe, les Jaawambe.

Les Neemne (artisans) et artistes laudateurs avec les Maabube (tisserands), les Waylube (forgerons), les Sakkeebe (Cordonniers), les Lawbe (bûcherons), les Wambaabe (guitaristes), les mabube sundu paté, les Awulube (griots).

Les jiyaabe (esclaves).

Avant l’avénement de la caste des Toorobbe, et surtout après l’institution de l’almimya, la société pulaar avait su maintenir son équilibre en s’appuyant sur la diversité de sa composition sociale. Cette diversité manifestée au niveau des castes était perçue à l’époque en terme d’égale complémentarité. Les rapports entre les différents groupes socio-professionnels étaient beaucoup plus souples que ceux auxquels on assiste aujourd’hui, dans la mesure om le mythe fondateur les renvoie dans l’ensemble aux mêmes ancêtres communs, à la même ascendance.

On ne naissait ni Ceddo, ni peul-berger, ni cubbalo, on le devenait tout simplement selon son tempérament, ses aptitudes et les circonstances – la condition d’esclaves, elle, ne procède d’aucune essence. On devenait esclave à la suite des captivités de guerre. Mais le fait est bien là, les esclaves constituent aujourd’hui une caste au même titre que les autres, importante numériquement bien sûr, dont la descendance continue de porter la condition infériorisée comme une tare génétique.

L’origine hétéroclite et fort récente de la caste torodo qui provient de toutes les autres castes réunies sous la bannière de l’Islam, fait qu’on ne trouve aucune allusion à celle-ci dans le discours du mythe fondateur. Le langage populaire définit ainsi le fuuta : « leydi awoobe e Aynaabe » (le pays des pêcheurs et des pasteurs).

En vérité, toutes ces castes se rattachent, à l’origine, à l’ancêtre commun peulh, lequel, devient bûcheron par-ci, cuballo (pêcheur) par-là, griot-bambaado par ailleurs, etc. De là s’est codifié tout un mode d’expression littéraire casté sans être exclusif ni hermétique. Chaque groupe prend une fonction dans la gestion du patrimoine culturel commun, étant entendu que cette culture a un rôle, avant tout, fonctionnel, focalisé participant effectivement dans l’organisation de la vie quotidienne des populations. La notion de l’Art pour l’Art » n’existait pas en effet dans ces sociétés.

A côté de ces affectations de fonction, il existe un fond commun constitué d’abord par les contes et légendes qui participent de l’éducation de toute la société depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr. Les petits enfants en face de la grand-mère devant le feu de bois, prennent les premières leçons de la vie grâce aux petetites histoires des bêtes de brousse. Les adultes, après les durs travaux, se reposent le soir en écoutant les grands poètes et maîtres de la parole raconter les grandes épopées et les légendes des grands hommes qui incarnent le courage, la bonté, la bravoure et l’amour. C’est dans le fond statique permanent qu’on classe aussi certains genres littéraires comme le « leelé » et ses dérivés qui méritent une place de choix.

Le « leelé » est universel en milieu pulaar. Son origine reste inconnue. Certains l’attribue à une origine arabe. Pour eux, le terme même « leelé » vient du mot arabe « Leila » (la nuit). Cette thèse est réfutée par des spécialistes comme feu Boubou Sall de Podor qui affirmait avec force argument que le « leelé » est bien une création locale et que bien avant son grand promoteur, Sidi Chérif de Thilogne, il avait connu beaucoup d’interprètes. Toujours est-il que le « leelé » doit beaucoup au genre « sooraw » qui est une adaptation réussie des poèmes chantés de antar et Umarul Qaïs, les grands poètes arabes de la Jahiliya.

La beauté de la nuit, le charme des rencontres amoureuses, la description voluptieuse de la beauté féminine, les évocations nostalgiques de lieux auxquels va la pensée du poète…Tout cela participe du genre « leelé » et de ses dérivés. De grands artistes ont marqué le « leele », parmi eux feu Samba Joop, Abbullay Ceenel Faal. Aujourd’hui, Aamadou Tammba Joop garde la flamme du renouveau.

Quant aux formes saisonnières qui sont aussi à classer dans le patrimoine commun tout en se distinguant du fond statique permanent, elles sont innombrables et d’inspiration circonstancielle. Elles s’évanouissent en effet avec leurs auteurs et souvent avant eux. Ce sont des œuvres qui tiennent une place marginale car elles procèdent de la création des malankoobe (troubadours de notoriété, artistes solitaires ou groupés au fait de la gloire) qui créent des airs nouveaux inspirés par les chansons des jeunes filles du village qui pilent le mil en cadence ou claquent les mains devant les lutteurs en sueur à la place publique.

Bayal Samba Teen a incarné, vers les années 30, ce genre. Une génération plus récente s’est imposée : il s’agit des Samba Di’iye Sal, Sidi Baylel Caam, Birome Njaay, Aali Hammadi Aali, etc. de nos jours, se sont les musiciens modernes dirigés par le leader Baaba Maal qui perpétuent le genre en le modernisant, tout en intérgrant les autres formes littéraires du Fuuta et d’ailleurs. Citons, entre autres : Ousman Hammadi Joop, Ngaari Law (qui se veut l’héritier de Bayal Sammba Teen), Demba Jah, Accaa Wele, Abuu Jubaa Deh, etc.

La littérature castée se retrouve essentiellement dans le fond statique permanent qui est composé du Pekaan, le chant des Subalbe (pêcheurs), le Gummbalaa, chant de Sebbe (guerriers), le Dillere des Maabube (tisserands) de métier et de tradition.

Sammba Dooru Maabo et Umar Gafo ont été les grands interpètes du Dilleré. Les tisserands constituent un groupe très attaché aux « sciences occultes » lesquelles sont intimement liées à l’apprentissage du métier. Les artisans manient leurs instruments et les formules magiques avec la promptitude du pêcheur ou du guerrier apprêtant ses armes. Le chanteur de Dillére inspiré et doué rend compte de ce duel permanent entre le tisserand et son métier en y mettant tous les ingrédients généalogiques où les cousins, forgerons, cordonniers et bûcherons se retrouvent dans une lointaine filiation.

La fonction spécifique et les influences extérieures : Quelques repères- Le pekaan des subalbe (pêcheurs)

Le pekaan est sans contexte l’un des éléments les plus populaires de la littérature pulaar en Afrique occidentale. Composé de longs poèmes et des passages incantatoires pratiquement inintelligibles, récités par les seuls initiés, le Pekaan aurait une origine ésotérique. Pour les populations du bord du fleuve, le mystère des eaux et le caractère troublant de quelques phénomènes fluviaux, comme l’apparition de certains phénomènes fluviaux, comme l’apparition de certains « être surnaturels » ou de bêtes inconnues, ne peuvent trouver qu’une explication métaphysique. Jom Maayo, « Caammmaaba », Munu Maaya, sont des divinités maîtresses des eaux dont il faut implorer le soutien pour que la pêche soit bonne ou pour vaincre de Ngabu (hypopotame) ou le Ngary Maayo (Caïman) à l’occasion de duels meutriers.

L’examen minutieux des incantations révèlent une forte présence de la langue sérère et wolof. Ce qui confirme la parenté génétique des pêcheurs du Fuuta avec ces groupes ethniques qui se trouve matérialisée par les mêmes noms : Guèye, Gaye, Sarr, Diop, etc. Guellaay Ali Faal a attaché son nom au Pekaan.

- Le gummbalaa des Sebbe

Le Gummbalaa est le chant de guerre des Sebbe : il jouera le même rôle que Vaghou chez les Maures. On l’appelle aussi « Kontimpaaji » au jimdi peyya yiiyam (chant du sang). Il se rattache historiquement au Bawdi Alamari : (les tam-tams royaux de l’ère des satiguis peulhs Deniyanke). C’est la littérature héroïque, avec des poèmes épiques bellicistes. C’est le mépris de la mort et de la douleur qui est magnifié, c’est l’hymne à la bravoure et àtoutes les formes de courages.

Les thèmes sont variés. Des chansons de geste dédiées à Samba Gelaajo Jeegi l’évocation historique des conquêtes de Koli Tengela, descriptions surréalistes de chants de bataille (Bilbassi). Là aussi parfois d’un vocabulaire inintelligent et qui s’apparente beaucoup au Soninké et au Bambara accrédite la thèse de l’influence mandingue dans cette forme littéraire qui se serait développée avec les conquêtes de Koli Tengela. Si le Gummbala est attribué aux Sebbe, il appartient également aux Peulhs, les Sebbe étant en fait des guerriers attachés aux dynasties peuls denianké.

A signaler également que les Sebbe eux-mêmes ont des laudateurs issus de la caste des lawbé (bûcherons) qui sont les lawbé gummbalaa (bûcherons chanteurs de gummbalaa). Le rayonnement culturel de l’empire du Mali s’étend sur toute la Sénégambie, la Guinée et même la Mauritanie du Nord-Est. Les influences musicales (instruments et airs musicaux) du Mali sur les tribus Oulad Mbareck ont donné la forme définitive du Howl maure. Les mêmes airs de guitare se jouent partout de la même façon à Néma, Bamako, Dakar et Conakry.

Les Beytis ou les formes islamiques

Une nouvelle expression littéraire est née avec l’islamisation du Fuuta. Les beytis et bourdis sont des poèmes religieux sermonnaires, chantés en général par les « almaddas » à la gloire de l’Islam, du prophète Mohamed (Sas) ou des grands saints, en particulier Cheikh Ahmed Tidjane et El haj Oumar Tall. Le Guiri est une forme ancienne qui inspire aujourd’hui les almoubbe Ngay (sorte d’étudiants finissants qui composent des poèmes en l’honneur de leurs professeurs à l’occasion de la remise des diplômes.

Les poèmes de Thierno Abdourahmane de Banadji dit « Thierno Boy » sont très célèbres. Niokkane Djiby Selli est aujourd’hui un de ses élèves les plus en vue. Mohamadou Ali Caan est un écrivain prolixe. Sa Gacida sur El Haj Oumar comporte plus de neuf mille vers ! Cette littérature religieuse orale ou écrite était le fait de certains éléments fortement islamisés et pour l’essentiel appartenant à la caste Torodo, même si elle est de fait un patrimoine commun à toutes les castes.

La forme poétique est empruntée à l’arabe et à sa versification. Elle va jusqu’à la traduction littérale de textes arabes anciens réadaptés au contexte des haal pulaaren. L’empreinte de l’Islam sur la société pulaar est en fait tellement accomplie que le mode de penser lui-même a fait sien les canons de la logique dogmatique enseignée par les saintes écritures.

Voilà le Fuuta Toro au carrefour des civilisations, où pour paraphraser encore tène Youssouf Guèye, car il faut conclure, « en pays pulaar sans doute plus qu’ailleurs, la littérature a aussi des senteurs de terroir. L’horizon pour le rural, du Dimat au Damga, c’est le champ de mil ou de maïs, la savane verte trois mois de l’année et drapée de toutes les nuances de fauve le reste du temps, le fleuve si familier et pourtant si plein de dangereuses inconnues. La nature est théâtre. Le ciel témoigne…le poème est aussi souvenir…les airs de leele évoquent toujours le grisaille de bancs des maisons. Cette teintée d’ocre des vases paysages du Walo à mil, de même que l’on décèle la fraîcheur du yarkoma dans les évocations nocturnes du Pekaan.

Le fantang des Peuls bergers

Il semble bien que le premier air transcrit en note sonore d’une guitare serait le Fantang. C’est le chant d’un oiseau sur une branche qui inspira le guitariste du Saygalaare. Notes épiques où les épopées les plus célèbres de Aamadu Sam Poulel, Umarel Sawa Donde, Yero Maama, côtoient l’évocation langoureuse de l’éternelle errance des maîtres de troupeux devenus ça et là des propriétaires terriens ou des guerriers redoutables fondateurs de dynasties. Sammba Taba Kali, est un Maabo Soudu Paté qui a magnifié le Fantang. Certaines formes dérivées du Fantang, et qui s’apparentent des formes saisonnières, ont connu de grands moments dans la littérature peulh. Le Bodial, entre autres, a été incarné par Mamadou Fatel Bâ.

Le Kéroode, ou Kéronde, est attribué aux chasseurs. Or, il n’existe pas aujourd’hui de castes de chasseurs à proprement parler. Cette caste aurait-elle exister ? La question reste posée. Il n’en demeure pas moins que certains groupes socio-professionnels s’y adonnent en particulier, notamment ceux qui sont en rapport avec la faune et pratiquent la chasse pour se nourrir ou pour se défendre contre les fauves. Il est fréquent de voir des villages entiers se mobiliser pour organiser des battues en vue d’éradiquer le fléau constitué par les bêtes sauvages qui dévastent les cultures et le bétail errant.

Certaines familles se spécialisent alors dans la conservation des incantations (formes magiques) et du cri de guerre ou Kerrode qui galvanise le chasseur et est censé le rendre invulnérable.

Le Naale des Jiyabe (esclaves)

Se sentant rejétés dans l’expression littéraire des autres castes, les esclaves ont créé leur propre forme littéraire : le Naale. Au départ, cette littérature ne concernait que les éléments de la caste. Des poèmes, d’une extrême liberté, qui participe d’une forme de littérature corrosive destinée à corriger les travers de la société qui sont la paresse, l’égoïsme, l’avarice, etc. Tant que le Naale en restait là, il était normal aux yeux des autres castes.

Mais dès qu’il commenàa à devenir révolutionnaire, en s’attaquant au fondement même de la société castée, il était devenu un scandale. Pour mettre fin à cette tendance, les défenseurs de l’Islam, les marabouts décrétèrent que le Naale est un péché de même que l’utilisation du petit tam-tam qui l’accompagne. Il y a également les castes qui sont investies de mission en faveur d’autres castes ou de toute la communauté dans son ensemble. C’est le cas des griots laudateurs maîtres du Yélaa, les Lenngui et bawdi-alamari, celui des griots guitaristes. Les Lawbe (bûcherons) sont parfois des laudateurs de Sebbe (guerriers). Ce sont les Lawbe-Gummbala). Nous avons vu les bûcherons laudateurs des Peulhs que sont les Maabube Suudu Paté. Il faut également citer les tisserands laudateurs des Jawambe (caste dite des courtisans), les Mabube-jarwanbe, à ne pas confondre avec les Mabube tisserands qui ont le Dillere comme fonction littéraire spécifique.

Dans l’affectation des fonctions littéraires, il faut noter qu’il existe des passerelles très fortes entre certains groupes comme par exemple, nous l’avons vu, les cordonniers, les bijoutiers, les bûcherons, les tisserands, les griots, guitaristes, mais aussi entre les Subalbe pêcheurs et les Peulhs bergers (les Diao dalli) et entre les Subalbe et les Sebbe guerriers (les mariages sont fréquents entre ces deux castes).

Par : Ibrahima Moctar Sarr

Bibliographie

Youssouf Guèye : Aspects de la littérature Pulaar en Afrique Occidentale. Essais. Sakho Mamadou Dickall : La place des beyti dans la littérature Pulaar. Mémoire de fin d’études. ENS de Nouakchott. Bâ Moussa : L’éthique Pulaar dans la poésie du Alhajji Banal. Mémoire de maîtrise, ENS de Nouakchott. Bâ Mohamed Daha : le Naale d’hier et d’aujourd’hui. Mémoire de fin d’études, ENS Nouakchott. Amadou Abel Sy : La geste Tiédo. Thèse de doctorat de 3ème cycle, Dakar, 1980. Yaya Wane : les Toucouleurs du Fuuta Toro. IFAN, Dakar

Tags: castes, culture pulaar, fouta tooro, ibrahima moctar, pulaagu

Posted on: août 25, 2010

Filed under: Connaissance et savoirs, Culture, Histoire des peuls, Sociologie du pulaagu, Société peule

 

FONADH/Rosso : atelier sur la gestion et fonctionnement de la clinique juridique

Posté par Aboubakry dans : actualités , ajouter un commentaire

Rosso vient d’abriter du 15 au 17 mars un atelier de formation sur la gestion et le fonctionnement d’une clinique juridique au profit des observatoires, des techniciens des cliniques juridiques et des réseaux locaux. L’atelier s’est déroulé au siège de la clinique juridique de la ville. L’objectif général de la formation était de contribuer au renforcement des capacités organisationnelles et techniques  des OSC (Organisations de la Société Civile) membres du FONADH (Forum des Organisations Nationales des Droits Humains), des  techniciens des cliniques juridiques et des membres des organisations  des rapatriés  du Sénégal, sur la gestion et le  fonctionnement d’une clinique juridique.

Il s’agissait notamment d’améliorer la compréhension des participants sur le concept de clinique juridique et sa fonction, de renforcer les capacités opérationnelles et techniques des participants sur les modes de gestion administrative et de fonctionnement d’une clinique juridique, d’initier les participants sur les modalités de collecte, de montage et de traitement des dossiers des plaignants en matière de conflits et litiges sociaux, d’identifier avec les participants des outils et supports  appropriés pour assurer la bonne visibilité d’une clinique juridique.

En plus des techniciens des cliniques juridiques de Rosso et Boghé, il y avait plusieurs participants représentants diverses organisations.

Pour atteindre les objectifs fixés, la formatrice, Mme Rokhaya Gaye a commencé par un test d’entrée avec des questions posées aux quatre groupes constitués.

1)      Qu’est-ce qu’une clinique juridique ?

2)      Qui sont les bénéficiaires d’une clinique juridique?

3)      Quel est la fonction d’une clinique juridique ?

4)      Quelles sont les principales qualités d’un(e) conseiller (ère) juridique ?

Quatre sessions étaient au programme :

-          concept de clinique juridique  et fonction d’une clinique juridique

-          mode de gestion d’une clinique juridique

-          fonctionnement de la clinique juridique

-          la visibilité et la promotion de la clinique juridique

Pour chaque session, la formatrice a procédé  par un exposé avant de donner aux participants répartis en groupes des exercices pratiques. Le travail de chaque groupe a été  restitué par un rapporteur avant d’être adopté après un débat constructif au cours duquel chacun a donné  et défendu son point de vue. Le coordinateur, Djigo Djibril et le responsable du comité de pilotage, Dia Amadou Oumar ont apporté des éclaircissements chaque fois que c’était nécessaire.

-       concept de clinique juridique  et fonction d’une clinique juridique 

Il s’agissait pour cette session de faire connaitre le sens et la portée du concept de clinique juridique  et sa fonction.

La mise en place des différents programmes de services juridiques aussi bien dans la société civile que dans l’État répond au souci de combler le déficit en information juridique et de contribuer à l’émergence d’une  démocratie citoyenne  à la base et au développement  du pays  avec des populations formées et responsabilisées.

La clinique juridique a une double fonction préventive et médicale : elle informe le citoyen sur ses droits et devoirs  et l’oriente quand il est lésé. La fonction curative prédomine car les usagers des cliniques juridiques sont généralement des personnes ou groupes de personnes qui s’estiment lésés dans leurs droits et ignorent les possibilités de recours et de réparation qui s’offrent à eux.

Les  différents types de services  offerts aux populations  par la clinique juridique sont les activités de conseil et d’assistance, de suivi mais aussi de visites de proximité par la réception des populations dans les structures créées à cet effet pour les informer sur leurs droits et devoirs.

Toutes ces activités sont généralement assurées par des professionnels du droit (avocats, magistrats, greffiers, notaires, huissiers de justice).  Il peut s’agir aussi de personnes formées par les organisations et affectées aux tâches de para juristes  ou de travailleurs communautaires et qui s’appuient sur des leaders d’opinion ou personnes ressources locales (Imams, chefs de quartier, présidentes de groupement de femmes, dirigeants politiques etc.).

Différentes stratégies sont utilisées : sensibilisation de masse (émissions à la radio et à la télévision), formation pour le renforcement des capacités à la base (para juristes, élu(e)s locaux (locales)… ; par exemple, au Sénégal, le RADI forme aussi des para juristes pour le compte d’autres associations et ONG, assistance judiciaire et juridique à l’endroit des cibles défavorisés, des prévenus et des détenus de droit commun qui n’ont pas les moyens de  payer les frais de justice, production de supports didactiques et du matériel pour le renforcement de la sensibilisation et la promotion des centres (calendriers en douze volets sur des thèmes juridiques, livrets d’informations juridiques, émissions télévisées et radiophoniques…), médiation ou conciliation.

Deux approches sont possibles :

-          L’approche individuelle qui consiste à recevoir les usagers au niveau des cliniques juridiques (consultations juridiques), ou de déplacer les services de la clinique juridique vers les populations (cliniques mobiles) ;

-          L’approche communautaire (village, groupement de femmes, de jeunes ou d’association, programme groupe de prisonniers) avec des activités telles que l’animation de causeries (boites à images, théâtre populaire), les conférences/ panels…). L’utilisation de canaux de communication traditionnelle (baptême, mariage…)  est aussi privilégiée.

Il est possible de faire intervenir les membres des réseaux de personnes ressources de divers horizons mais dont la plupart sont des professionnels du droit (avocats, magistrats) au niveau de l’exécution de toute les activités aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural ; ce qui a contribué à démythifier un peu ces « professionnels » et à donner confiance aux populations qui ne voyaient dans le système judiciaire moderne que le caractère répressif.

-          mode de gestion d’une clinique juridique

Cette session a permis de familiariser les participants  avec la gestion d’une clinique juridique (gestion des ressources humaines : profil et compétences, gestion du cahier des charges de la clinique, gestion des moyens matériels de la clinique).

La gestion de la clinique est assurée par les ressources humaines recrutées à cet effet.  Généralement la clinique juridique emploie  trois (3) types de personnels (le personnel salarié composé principalement des juristes salariés (deux en moyenne par centre) en plus du personnel d’appui (chauffeurs et secrétaires), et du chargé de  l’I.E.C (Information, éducation, communication, le personnel non salarié qui concerne les membres des réseaux de  personnes ressources,  sont des volontaires qui  interviennent de manière directe ou indirecte dans toutes les activités des cliniques juridiques (consultations, causeries, assistance judiciaire…).

Les techniciens ont plusieurs tâches :

-          réception,  conseils  et orientation des plaignants

-          élaboration des documents juridiques (requête/demande, conclusions, contrat, ou tout autre document leur facilitant l’accès à la justice ou services sociaux de base (santé, éducation) ;

-          accompagnement des plaignants en cas de blocage des dossiers administratif ou judiciaire;

-          édition/élaboration des documents juridiques sous forme de brochure ou dépliant dans un langage simple et accessible à tous ;

-          planification et organisation des séances d’animation (forum, causerie,…) ;

-          animation des thèmes juridiques en langues nationales ou officielle (causeries, conférences-débats télévisées et radiophoniques,….) ;

-          formation juridique d’animateurs ou de para juristes ;

-           mise en place des cadres de concertation en rapport avec le Coordinateur National ;

-          travail en étroite collaboration avec les para juristes/animateurs et les partenaires de terrain que sont les groupements de femmes, les associations de jeunes, les comités de développement local, les autorités administratives, politiques, religieuses, judiciaires, les personnes ressources, les partenaires au développement, les ONG représentées au niveau de votre zone d’intervention…

-          fonctionnement de la clinique juridique

Cette session avait pour objectif de faire comprendre le fonctionnement d’une clinique juridique et d’identifier les règles de bon fonctionnement d’une clinique juridique.

Selon qu’elle soit fixe ou mobile la clinique juridique peut fonctionner différemment :

Les Cliniques ‘fixes’ sont des séances (individuelles ou collectives) d’information, de conseil et d’orientation tenues dans un local (centre, clinique, boutique, maison,…) pour celles ou ceux  qui ont besoin d’aide. Le but  de la  Clinique ‘fixe’ est de faire connaître aux usagers leurs droits et devoirs par rapport à un problème juridique donné (droit foncier, le droit du travail, le droit successoral…). L’objectif est de permettre aux populations de se prendre en charge, et de pouvoir gérer harmonieusement vie individuelle, familiale et communautaire. Il ne s’agit donc pas d’imposer un point de vue mais, de proposer une orientation par rapport aux questions soumises au conseiller, sur la base des textes en vigueur.

Les Cliniques ‘fixes’ ont pour site, généralement, le siège de l’Association. Celui-ci est ouvert au public sous forme de permanence. Une fiche est ouverte au nom de la personne accueillie, pour permettre son identification. Toutefois, celle-ci peut souhaiter préserver son anonymat, souhait que la Clinique respecte car elle estime qu’il ne faut pas brusquer les mentalités. Les entretiens, dans tous les cas, demeurent confidentiels. Il en est cependant conservé une trace dans des registres, ce qui permet d’assurer le suivi des dossiers lors de consultations ultérieures. Un système d’archivage des fiches doit être mis en place par le technicien.

Les Cliniques ‘mobiles’. Elles sont une activité décentralisée des cliniques (centre, boutique, maison), destinée aux populations des zones rurales et à celles des couches urbaines défavorisées. Leur caractère de forum en a fait des séances communément appelées « causeries ». Il s’agit essentiellement d’opérations de sensibilisation et d’information. Dans les zones rurales, les séances sont animées par des juristes et les Para juristes  (formées par l’Association  pour rendre le droit plus accessible aux populations).A la fin des séances les juristes font des entretiens individuels à des personnes préalablement identifiées avec l’appui des para juristes. Ces personnes seront orientées vers la clinique pour le suivi du dossier.

-          la visibilité et la promotion de la clinique juridique

Partant du fait que la clinique juridique n’est viable que si elle présente un intérêt pour les usagers qui la fréquent régulièrement, la formatrice s’est attelée à faire comprendre les enjeux de la visibilité et de l’attractivité d’une clinique mobile et à les familiariser avec les outils de promotion de la visibilité d’une clinique.

Comment assurer la visibilité de la Clinique dans la zone d’intervention ? Il s’agit entre autres d’élaborer des supports (brochures, dépliants, calendriers thématiques, de faire des émissions (radio, télévision), des spots publicitaires en langues nationales) ; l’enseigne de la clinique doit indiquer les différents services offerts.

Différentes stratégies de promotion ont été répertoriées : conférences/débats médiatisées sur les thématiques les plus récurrentes lors des séances de consultation (état civil, gestion des conflits), porte à porte pour informer les populations potentielles sur leurs droits fondamentaux et les services offerts par la clinique, cliniques mobiles dans les localités enclavées, journées portes ouvertes lors d’événements spéciaux comme l’anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la journée internationale de la Femme, etc.

 

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