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La longue attente 17 décembre, 2007

Posté par Aboubakry dans : opinion , ajouter un commentaire

La longue attente 

Le peuple mauritanien serait-il l’un des peuples les plus malheureux de la terre? Quarante-cinq ans après l’indépendance le voici encore à la case départ, à la croisée des chemins, au moment où d’autres peuples d’Afrique, sur la bonne voie depuis quelques années en sont, à se plaindre d’un déficit de transparence, d’un manque de démocratie, parce qu’ils sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de dirigeants qu’ils ont librement choisis… 

Le mercredi 3 août, la parenthèse Maaouya a été fermée par une junte militaire. Une parenthèse ouverte 21 ans plus tôt, le 12 décembre 1984, un autre mercredi. Une longue errance avait alors commencé pour le peuple, une errance ponctuée d’abord par l’espérance avec la libération de dizaines de prisonniers politiques…Mais très vite, il a fallu déchanter : l’erreur monumentale de politiciens amateurs qui, faisant sans doute confiance à la volonté de changement du nouveau chef d’état, publient le fameux manifeste, déclenche la chasse aux sorcières et le début d’une dérive. Dérive qui portera un sérieux coup à l’unité nationale… Plus tard, après plusieurs crises dont les événements de 89 et à la faveur du contexte international, le peuple trouvant insuffisantes les timides ouvertures du régime de Taya (élections  municipales à partir de 1986) réclame fiévreusement plus de réformes ; c’était en 1991 avec  les nombreux tracts, la grève générale annoncée par l’U.T.M., le défilé monstre du 1er mai, deux semaines seulement après les promesses faites le 15 avril, lors d’un message à la Nation par le chef de l’état lâchait du lest… 

La suite on la connaît. Un référendum massivement boycotté selon les consignes d’un Front dont les responsables n’avaient pas osé se constituer en parti politique à l’exemple d’un certain Gbagbo.  Le résultat officiel du référendum constitutionnel sera un plébiscite et ceux qui avaient recommandé le boycott allaient pourtant créer un parti politique après l’ordonnance de juillet 91,  tombant dans le piège du légalisme et acceptant les règles définies par un pouvoir qui ne tirait sa légitimité que de sa force. Par la suite, la campagne électorale fonctionnera comme une véritable catharsis. Le peuple longtemps muselé, aura l’occasion d’extérioriser toutes ses frustrations dans une mobilisation sans précédent pour se débarrasser d’un chef de plus en plus perçu comme un autocrate impopulaire et peu charismatique. Malheureusement les hommes politiques de l’opposition manquaient de vision et la suite est connue : le 24 janvier 1992, le régime de Taya à qui l’opposition n’avait ménagé aucune porte de sortie s’accrochera au pouvoir dans «un putsch électoral» qui écartera le principal challenger Ahmed Ould Daddah. Le boycott «insensé» des législatives de 92 donnera les coudées franches à Taya qui abandonne son costume de colonel chef de l’état pour celui de président de la République, laissant pour quelques temps la « rue publique » à Daddah dont chaque meeting draine les foules. 

Le peuple attendra pacifiquement les échéances électorales, continuant à faire confiance à une classe politique qui malheureusement brille le plus souvent par son incohérence.  Après les échéances de 97 qui ne donnent rien, celles de 2003, survenant après le «séisme» du 8 juin se terminent par un autre hold-up électoral. Le pays entre temps s’est installé dans une période de turbulences avec à sa tête un homme usé dont la personnalité est insaisissable. Ould Taya apparaît tantôt comme un dirigeant perspicace, percevant les véritables enjeux de l’heure et les défis à affronter, tantôt comme un chef naïf et médiocre montant au créneau pour promouvoir une «trouvaille». Coupé des réalités il est l’otage d’une partie de son entourage qui fait semblant d’appliquer ses directives et réussit à lui faire endosser tout. 

Avec le culte de la personnalité poussé à l’extrême, le président Taya s’est isolé de plus en plus dans sa tour d’ivoire en développant un instinct de survie avec une dérive sécuritaire prononcée. L’homme a le sentiment d’être le sauveur infaillible, le bâtisseur inégalable, l’homme providence à qui il faut rendre grâce, le guide à qui le peuple doit tout. Ce qui explique sa surprise comme il l’avouera à Zouerate. «Comment tenter un coup d’état contre un régime qui a accompli tant de réalisations?» 

 A force de faire le vide autour de lui, et de ne compter que sur un cercle très fermé de «fidèles», il a fini par tomber dans son piège, devenant l’otage d’une sorte d’état occulte qui tirait les ficelles et prenait du même coup le peuple en otage. Ould Taya a peut-être entrevu cela, en prenant à témoin le peuple lors de son discours de Kiffa. Mais il n’en a pas tiré les conséquences… 

L’homme des réalisations, qui a régné pendant 21 ans avec une équipe de profiteurs ne s’est pas aperçu que, la seule réalisation qui vaille, aura été  rangée aux oubliettes. L’Etat a volé aux éclats, rendant caduques et sans portée toutes les autres réalisations. Et cela il faut le reconnaître, n’était pas de la seule responsabilité de Taya. Il était le chef certes mais l’équipe qui n’a jamais cessé de lui raconter des boniments a sa part de responsabilité. Il ne faut surtout pas que les loups se mettent à crier au loup… 

Le putsch du 3 août survient après une période de turbulences. Il est trop tôt pour parler de nouveau régime. Le projet politique du CMJD n’est encore qu’une intention et il faudra juger le pouvoir sur ses actes. Pour le moment il faut peut-être saluer le fait que la « révolution » se soit déroulée sans effusion de sang. Ce qui n’est pas pour autant un mérite. Car les putschistes sont pour la plupart des proches du système. Même si certains d’entre eux en ont été des victimes. Aujourd’hui, le CMJD est porteur de l’espérance du  peuple. Un peuple qui sans être amnésique peut accorder le bénéfice du doute à des hommes qui ont longtemps fait partie de l’équipe de Taya et qui prônent aujourd’hui le changement. 

Les premières décisions sont suivies avec beaucoup d’intérêt et dans un concert assourdissant les approbations viennent de partout. Même les loups crient au loup.  Le peuple cependant a des aspirations simples et légitimes. Il attend la justice et l’égalité. Il attend des réformes qui consolident l’unité nationale, des réformes qui vont dans le sens de la consolidation de l’état de droit qui seule peut garantir au citoyen ses droits les plus inaliénables. Pour cela, il faut instaurer un large débat et discuter en toute franchise de tous les sujets brûlants… D.Aboubakry   

De A à Z

Posté par Aboubakry dans : De A à Z , ajouter un commentaire

De A à Z  par Tabane 

V comme ville. Les villes mauritaniennes  sont des villes particulières. Elles échappent à toute classification. Parce que la ville est ce qu’en font ses habitants. Les citadins de chez nous sont pour la plupart des campagnards fraîchement débarqués de leur milieu rural. Ils apportent avec eux leur mentalité et leurs habitudes. Et l’on retrouve dans chaque maison, dans chaque rue, un élevage de petits ruminants, de bœufs ou de chameaux. 

Les citadins ne se gênent pas pour occuper l’espace public et le transformer en parc. A Nouadhibou, à la cité SNIM comme à Cansado un parc est aménagé pour que les animaux y soient rassemblés. Mais cela n’empêche pas certains,  de réserver dans leur maison un petit coin pour les moutons et les chèvres. 

Une autre conséquence de la transposition d’une mentalité de ruraux dans l’espace urbain c’est la saleté de la ville. Chacun balaie sa maison ou sa boutique pour jeter les ordures dans la rue. Parce qu’elle n’appartient à personne la rue. 

Aucune entreprise ne peut venir à bout de ces ordures. C’est un travail infernal. Sisyphe ou les Danaïdes. 

Du reste nous sommes tellement habitués dans nos villes à côtoyer les ordures que ce serait une mauvaise chose de tout nettoyer. Gouverner dit-on, c’est prévoir. C’est pouvoir anticiper. Je suis sûr que le jour où nos villes seront propres, une nouvelle maladie se développera. Une pathologie que seuls les psychiatres avertis pourront diagnostiquer et traiter. Les malades ne pourront guérir  que si on les plonge dans un univers d’ordures. Dans ces conditions il y a lieu d’être plus indulgents avec ceux qui sont chargés de l’assainissement de nos villes. 

aboubakry_d@yahoo.fr 

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