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Rosso, ville oubliée 18 septembre, 2007

Posté par Aboubakry dans : Reportage , ajouter un commentaire

 prfecture.jpg La préfecture, un bâtiment  à restaurer.                                sbr.jpg Le bac de Rosso.

Comme la plupart des capitales régionales, Rosso s’illustre par une léthargie profonde tout au moins au niveau des services publics. De manière générale les services régionaux fonctionnent au ralenti ce qui compromet gravement tout développement économique harmonieux du pays. Des centaines de fonctionnaires de l’Etat  qui devaient constituer le fer de lance d’une société en perpétuelle mutation, s’installant dans une routine abrutissante sombrent lentement mais sûrement dans le désoeuvrement total et deviennent- par le fait du système- plus une charge pour l’Etat et les contribuables qu’un relais et une élite apte à accompagner la promotion sociale.  

L’administration en panne

Capitale régionale au passé colonial riche, Rosso sombre de plus en plus dans la profonde léthargie qui caractérise la plupart des villes de l’intérieur. Service public est pratiquement inexistant et chaque jour que Dieu fait la ville se dégrade un peu plus dans l’indifférence des autorités et des habitants. Seul le débarcadère, lieu de tous les trafics grouille d’activité. 

Par D. Aboubakry

 

 Une puissante force d’inertie pèse sur ceux qui devaient constituer la force vive de la Nation et pratiquement toute l’administration est grippée.  La plupart des responsables préférant à défaut de résider à Nouakchott où “tout ce passe” s’y rendre le plus souvent possible laissant leur poste vacant avec les conséquences qui en découlent.  

Locaux inadéquats.

A l’image de l’inspection régionale du travail, les locaux ne constituent pas toujours un cadre idéal pour le travail. L’inspection régionale est abritée dans la vieille bâtisse de la préfecture où elle occupe une pièce étroite à l’étage au bout de l’aile sud. Une sombre pièce flanquée d’un débarras qui sert parfois de salon pour le thé. Le bureau est équipé d’un mobilier digne d’un musée : une vielle table en fer, une vielle chaise et une armoire métallique rouillée qui se ferme à l’aide d’une chaîne non moins rouillée et d’un cadenas à quatre sous acheté dans quelque boutique. C’est dans cette armoire des temps anciens que sont rangés les rares dossiers dans des caisses en carton ramassés quelque part. Même pas une vieille machine à écrire. Pour les correspondances, l’inspecteur doit s’adresser à un secrétariat public ou voir un établissement plus nanti…Un dénuement complet qui a été constaté il n’y pas si longtemps par la ministre de la fonction publique du travail et de l’emploi lors d’une visite à Rosso. Une visite qui a été l’occasion de promesses (bien entendu) pour la forme… Le personnel se réduit à un inspecteur secondé par un agent…Un personnel peu motivé dont il ne faut pas espérer qu’il fasse des miracles à partir de rien…

La caisse nationale de sécurité sociale qui dépend également du ministère de la fonction publique est installée presque en face de la préfecture dans un local conventionné. Un local qui pour être loué à cinquante mille ouguiya  n’en est pas pour autant fonctionnel. Du reste une partie du bâtiment qui comprenait la loge du gardien et le service des archives est hors d’usage avec un plafond effondré dans une pièce et qui va l’être incessamment dans les deux autres. Le bâtiment principal en bon état abrite les employés de la boîte. Des employés qui ont encore le mobilier venu de Nouakchott au moment de la création de l’agence de Rosso : de vieux bureaux et des armoires métalliques usées par le temps et une vieille machine à écrire Olivetti avec un ruban sans couleurs….

Le service de l’hydraulique situé à l’est de la SNDE, ancienne SONELEC ressemble plus à un endroit abandonné qu’à un bureau. Nombreux sont les Rossossois qui passent chaque jour devant cette bâtisse coloniale délabrée en permanence squattée par des animaux en divagation, sans savoir que le service de l’hydraulique comme en témoigne sur la grille, une inscription presque effacée par le temps fonctionne encore… en théorie. En théorie seulement car le chef de service complètement désoeuvré est souvent introuvable.  

Désoeuvrement

L’inspection régionale de la jeunesse n’est pas mieux lotie. L’inspecteur n’ayant plus de bureau s’est installé depuis quelques années dans les locaux de la vieille Maison des jeunes. Une maison  presque en ruine malgré le coup de peinture – le premier depuis vingt ans – donné cette année et selon certains sur l’insistance du wali. La Maison des jeunes qui date des années 60 offre l’exemple le plus concret du désoeuvrement : le personnel qui la fréquente, pour ne pas dire qui y travaille, comprend outre l’inspecteur régional, un commissaire de la jeunesse (adjoint du directeur de la Maison des jeunes – inconnu à Rosso), un agent, une secrétaire et d’un ancien gardien retraité qui sert de planton. L’activité principale de ce personnel consiste à venir prendre place dans la salle de spectacle ou dans la cour sous les arbres selon le temps qu’il fait et à causer de tout et de rien jusqu’à l’ennui autour d’un thé – s’il y en a – pour « tuer le temps ». Faute de machine et de travail à accomplir, la secrétaire apporte dans une glacière des rafraîchissements qui font le bonheur des petits écoliers des établissements Mairie A et Mairie B, qui se trouvent en face. De temps en temps, une connaissance qui passe s’arrête pour faire un brin de causette avec le groupe…

Le service traditionnellement chargé du contrôle des prix et qui s’occupe aujourd’hui de la qualité des produits et de l’approvisionnement est littéralement inexistant. Outre l’inspecteur, il y a un agent sur place. Un deuxième agent est certes dans le Trarza  mais il s’est installé à … Boutilimit où il gère en toute quiétude son restaurant.. En théorie et chaque semaine, l’inspecteur et son agent établissent la mercuriale (liste des prix moyens des denrées sur le marché) qu’ils communiquent au préfet mais faute de moyens, aucune copie n’est conservée au service et du reste personne n’a remplacé la secrétaire décédée il y a quelques années… Quant à la recherche des denrées périmées, de leur destruction et des sanctions éventuelles contre les responsables, l’inspection n’a pas les moyens de s’en acquitter, le commissaire ayant semble-t-il décidé de retirer le policier qui avait été affecté auprès d’elle pour l’assister dans sa mission de contrôle… 

Vétusté

La station de météo située à N’Diourbel, le quartier est de Rosso est logée à la même enseigne. Le service qui date des années cinquante fonctionne toujours avec le même matériel. L’actuel chef de station confie que la vieille chaise et le vieux bureau qui constituent l’essentiel du mobilier de son bureau, il les y a trouvés il y a 25 ans. Les instruments de mesure ne marchent plus convenablement. Les thermomètres, les baromètres, les thermographes, les barographes, les instruments de mesure de l’humidité ne sont plus fiables. Il faut parfois les secouer pour en tirer quelque chose… “Tout est approximatif, on se débrouille comme on peut”. On fait de l’extrapolation en fait. La girouette et l’anémomètre ne fonctionnent plus et le mât est tombé. L’évaporation n’est plus mesurée car non seulement la cour n’est pas clôturée pour protéger la cuve contre les animaux en divagation mais il y a un dispositif qui lui manque. La SAM (société des Aéroports de Mauritanie) dont relève la station ne semble pas se préoccuper des conditions météorologiques. La station n’a plus d’équipement radio et les relevés parviennent à Nouakchott depuis belle lurette par l’intermédiaire de la brigade de gendarmerie.

La délégation régionale du développement rural n’échappe pas à la règle. Le bâtiment est encore neuf, mais hormis les deux projets qu’il abrite, en l’occurrence le PADEL (Projet de Gestion des Parcours d’Elevage) et le PDRC (Programme de Développement Rural Communautaire) on ne peut pas dire qu’on y abat un travail considérable. Le délégué qui un moment était cumulativement directeur du CNRADA basé à Kaédi, n’ayant pas le don d’ubiquité ne passait à Rosso qu’en de rares occasions comme l’ouverture d’un séminaire ou alors ou comme disent les employés “quand le budget” est là.  A la délégation seuls le gardien qui a toujours un chapelet à la main et le planton sont  rarement désoeuvrés : à longueur de journée ils s’occupent à faire un thé commandé pour quelque visiteurs ou à entretenir un jardin potager. A coté de la délégation, comme des lézards qui se chauffent au soleil, de nombreux engins et autres véhicules mis sur cale pourrissent avec les ans. Certains de ces véhicules n’ont presque jamais fonctionné, les pièces essentielles ont pourtant fini par disparaître dans l’impunité totale de ceux qui avaient à les gérer.… 

A Pourié l’ancien périmètre chinois comme à la Sonader, les choses ne vont guère mieux. Deux ou trois personnes reconnues pour leur régularité au travail sont toujours présentes, hivernage comme saison sèche, mais elles n’ayant aucune responsabilité particulières elles continuent à être sous employées voire marginalisées par des directeurs absentéistes….

Depuis la secousse du 03 août, le receveur de la Poste, naguère connu pour son absentéisme notoire, fait de timides apparitions et tient compagnie à son brave agent. Pour autant le bureau régional de Mauripost ne draine pas beaucoup de monde et  ne brille pas par son dynamisme.

L’Inspection départemental de l’enseignement n’est pas différente des autres services publics de la ville. Abritée dans une partie de ce qui fut dans les années cinquante le logement du directeur de l’école primaire publique de Rosso  elle compte une demi douzaine d’inspecteurs et quelques instituteurs détachés là par hasard, un personnel très à l’étroit dans l’unique pièce équipée seulement de trois bureaux, d’une sorte d’armoire et d’une moquette.

La toute nouvelle Maison du livre inaugurée il y a moins n’accueille guère que quelques lecteurs par jour ce qui ne donne pas beaucoup de travail à son personnel au statut ambigu.

Quand à la Commune elle mériterait d’être dissoute pour inutilité publique. Il faudrait peut-être en plus plonger un symbole du conseil municipal (une borne ou une plaque) pendant 19 ans au moins dans les eaux sales du canal pour sanctionner les 19 ans d’inertie de l’équipe dirigeante.

La préfecture délabrée et la wilaya  n’échappent pas au climat de morosité générale. La préfecture avec son toit en tuile et son plafonnage en ruine a besoin d’un véritable lifting. Pour cela il faudrait des initiatives qu’on ne peut pas attendre de ceux qui  – jusqu’en juillet 2005 tout au moins – ne parlaient pas à la presse indépendante…Quant au siège de l’exécutif régional, la première chose à déplorer c’est peut être le « dircab » inamovible et incontournable qui « contrôle » beaucoup de dossiers dont celui des logements administratifs et conventionnés et qui semble induire en erreur nombre de responsables.

Les exemples de dysfonctionnement sont nombreux. Un seul coin de Rosso échappe à la règle générale et se distingue par son dynamisme : c’est le débarcadère qui grouille d’activité. Mais là c’est la chasse gardée des trafiquants peu scrupuleux et de quelques flics entreprenants ; ceux qui roulent en  ‘Merco’ et  ont accumulé (Dieu seul sait comment) des fortunes sans commune mesure avec les revenus du fonctionnaire modèle….

(La Tribune N° 276)

 

De A à Z 15 septembre, 2007

Posté par Aboubakry dans : De A à Z , ajouter un commentaire

Q comme Questions. R Comme Réponses.
1)
Pourquoi enseigne-t-on les matières  scientifiques en français et les matières littéraires en arabe ?
Certains penseront que c’est parce que ‘la raison est française et l’émotion arabe’ pour paraphraser l’un des chantres de la Négritude. Ce ne serait pas logique car cela signifierait que toutes les générations de mauritaniens arabisants (du Zemmour au Brakna et du Trarza au Tagant) formées en arabe dans les séries scientifiques ont eu une formation au rabais. En outre on ne peut pas dire que la langue des inventeurs de l’algèbre n’est pas apte à véhiculer des concepts scientifiques. Cette dichotomie est inacceptable et insensée.
2) Pourquoi n’enseigne-t-on pas les langues nationales dans nos écoles ?
Parce que personne n’a compris le bénéfice qu’on peut en tirer. Les  négro-africains avaient obtenu il y a quelques années l’enseignement de ces langues à l’école fondamentale. Il y avait comme une course contre la montre. Chaque année on se précipitait pour produire des manuels pour l’année à venir. Les ‘cobayes’ ont fini, après un cursus de sept ans avec le Pulaar, le Wolof ou le Sooninke comme langue d’apprentissage, par intégrer la filière Arabe pour la plupart ou Bilingue pour certains. Or c’était une erreur monumentale que de croire que le Pulaar, le Wolof et le Sooninke pouvaient concurrencer l’Arabe, langue écrite depuis plus de mille ans. Dans un premier temps, il fallait enseigner nos langues nationales seulement comme langues et non comme véhicule de toutes les connaissances. Cela aurait permis au apprenants d’apprendre plus vite le français comme les langues utilisent les caractères latins. Ensuite il y avait la possibilité d’enseigner à chaque mauritanien une langue nationale différente de sa langue maternelle, ce qui serait un pas considérable vers la cohésion nationale. L’élève qui aura terminé son cycle secondaire et supérieur serait suffisamment outillé dans sa langue pour conceptualiser et transmettre les théories les plus abstraites…
3) Pourquoi les taux de réussite sont très bas au baccalauréat et très élevés au brevet ?
Parce que l’examen et la correction du baccalauréat se passent dans des conditions plus strictes que pour le brevet. Dans beaucoup de centres du pays pour le brevet, ce sont les surveillants qui écrivent les corrigés au tableau et les candidats n’ont qu’à recopier et rendre les copies. En plus il arrivait souvent que plusieurs personnes viennent successivement passer les épreuves pour un candidat absent. Il suffit de consulter les archives pour se rendre compte que des milliers de copies sont identiques, tous les candidats ayant puisé à la même source.
4) Pourquoi tous les élèves mauritaniens ne sont pas bilingues ?
Parce qu’il y a un phénomène de rejet. Les Noirs rejettent l’Arabe parce qu’ils ont le sentiment que cette langue leur est imposée comme une entrave à toute promotion. Les Arabes rejettent le Français parce que c’est la langue du colonisateur. Alors que nos élèves s’inscrivaient au département d’Anglais après seulement trois ans d’anglais au lycée à partir de la seconde, nos ‘bilingues’ après treize d’apprentissage de l’Arabe ne peuvent pas produire une phrase en Arabe et nos ‘arabisants’  après douze ans d’apprentissage du Français n’arrivent pas à faire une phrase correcte en Français. Il faut donc revoir ce système et le corriger. Ce n’est pas seulement une question de programmes. C’est tout un environnement qu’il faut assainir…
aboubakry_d@yahoo.fr

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